La grève 1996 : et si l’histoire se répétait ?

Mercredi, 11 Avril 2012

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Par Arnaud Theurillat-Cloutier, étudiant en philosophie

« Les finances publiques sont à sec. Il va falloir se serrer la ceinture. Les étudiants et étudiantes devront faire leur part. » Impression de déjà vu ? Non, nous ne sommes pas en 2011, mais bien en 1996. Cette année-là, le mouvement étudiant fait face au même discours que nous sert le gouvernement Charest aujourd’hui. Le gouvernement péquiste de l’époque tente de hausser les frais de scolarité, prétextant la crise des finances publiques. Mais il est brutalement arrêté dans sa course : le mouvement étudiant obtient le gel des frais grâce à la grève générale. En 2012, l’histoire se répétera-t-elle ?

Dès 1994, les coupures dans les transferts fédéraux dédiés à l’éducation postsecondaire fournissent le prétexte parfait au premier ministre Lucien Bouchard pour mettre en œuvre sa politique du « déficit zéro ». Il cherche alors à «assainir» les finances publiques du Québec. Les États généraux sur l’éducation de septembre 1996 planchent sur une augmentation des frais de scolarité de 30 %. La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) plongent alors dans une grande entreprise de lobbying pour demander l'instauration d'une loi-cadre portant sur les frais de scolarité et l'Aide financière aux études (AFE).
La confrontation réhabilitée
Du côté du Mouvement pour le droit à l’éducation (MDE), syndicat étudiant national créé quelques mois plus tôt, on lance un ultimatum au gouvernement pour le 23 octobre. On menace de recourir à la grève générale, aux occupations et à la désobéissance civile. Sur le plan des revendications, on réclame le maintien de la gratuité au collégial, le gel des frais à l'université, le retrait de la côte R nouvellement introduite , une bonification de l'aide financière aux études et la fin des compressions budgétaires.
Le 24 octobre, alors que plusieurs associations sont en grève, une première manifestation rassemble un millier de personnes. La FECQ et la FEUQ refusent quant à elles de participer à cette action et écartent la possibilité d'un appel à la grève générale. Elles préfèrent se rendre au Sommet socio-économique du 30 et 31 octobre, dans l’espoir de convaincre le gouvernement du bien- fondé deleurs positions. Insatisfaites de leur lobbying, les fédérations «claquent la porte » suite à l’échec de cette tactique. À l’extérieur de la rencontre, 5 000 personnes manifestent à l'appel de syndicats, de groupes populaires et du MDE.
Le 6 novembre, la ministre de l'Éducation annonce qu'elle envisage de couper dans les prêts et bourses plutôt que d'augmenter les frais de scolarité et qu’elle étudie la possibilité de réviser la formule de la côte R. Ces propositions sont évidemment trop peu pour un mouvement qui prend de l'ampleur. 60 000 cégépiens et cégépiennes réparti-e-s dans 24 cégeps sont en grève, alors que les universitaires emboîtent le pas. Tout au long du mouvement, on dénombre une vingtaine d'associations en grève simultanément, mais au total 43 cégeps débraient pendant le conflit. Au pic de la grève, on compte 100 000 grévistes.
Ce même 6 novembre, la FECQ et la FEUQ proposent plusieurs mesures de compressions budgétaires dans l’éducation totalisant 150 M $ pour éviter un dégel . Le 14 novembre, les associations en grève annoncent la création de la Coordination des cégeps en grève, invitent toutes les associations en lutte à les rejoindre et se déclarent aussitôt seule association à pouvoir légitimement négocier l'issue du conflit. La FECQ pourfend le nouveau regroupement. Cette division fait le beau jeu de la ministre de l’Éducation, Pauline Marois, qui ne reconnaît officiellement que la FECQ et la FEUQ comme interlocuteur légitime du gouvernement.
Une grève victorieuse
Le 18 novembre, la ministre annonce finalement le maintien du gel des frais de scolarité à l'université et le gel des frais afférents au collégial. Mais cette promesse s’accompagne des compressions prévues de 700 M $ et de mesures discriminatoires. Le gel des frais est troqué contre des restrictions dans l’aide financière aux études et une augmentation des frais pour les étudiants et étudiantes ne résidant pas au Québec. De plus, on réinstaure la taxe à l’échec au collégial .
Dans un dernier souffle, près de 10 000 personnes manifestent le 20 novembre à Montréal pour contester ces dernières mesures. Le mouvement s’essouffle et prend fin, mais ressort la tête haute : la grève générale a permis l’obtention du gel des frais de scolarité jusqu’en 2007.